L’Humeur du Caporal – Un sergent-chef têtu

Au milieu des années 80 est affecté un Adjudant-chef, visant le franchissement de grade à notre service, dont les compétences techniques n’avaient pas de lien avec nos missions et les matériels dont nous avions la charge.

Les chefs d’ateliers radio et fils furent déchargés de leur fonctions et les ateliers dissous. Le poste de chef de service lui fut attribué au départ de son prédécesseur.

Étant chef de l’atelier fil, je fus donc démis de mes fonctions mais en gardai toute la responsabilité étant entouré de sergents avec peu d’expérience dans ce détachement et sur les matériels hétéroclites. Très rapidement le chef de service ordonna des installations demandées par les utilisateurs, auxquelles il ne comprenait rien, directement à ces jeunes qui eurent des difficultés car malgré leurs efforts, ces installations ne fonctionnaient pas. J’appris leurs difficultés et leur expliquai comment rectifier leur installation pour que cela fonctionne. J’allai voir le chef de service pour l’informer qu’il mettait en grande difficulté ces jeunes et que cela pouvait avoir de graves conséquences techniques ; nous avions en charge tous les moyens de télécommunication du centre de contrôle aérien. Rien n’y fit. Je demandai donc à changer de service. On m’affecta donc à une cellule d’étude et d’expérimentation où j’étais le seul technicien et là, j’étudiai des projets techniquement complexes pensés par le commandement de l’unité. Un jour, on me demanda de faire la mise en service du système téléphonique intérieur du DAMS avec un mini central automatique à gestion informatique, j’avais fait le stage donc aucun souci. Je récupérai la valise de programmation et me voilà parti me présenter au responsable de l’installation, un capitaine des Forces Aériennes Stratégiques. Après préparatifs et étude des besoins, j’apportai le dossier préparatoire pour approbation à la cellule du Commandement Régional des Transmissions de l’air.

Quelques temps plus tard arriva l’ordre d’installation du Commandement des Transmissions de l’Air avec un addenda au dossier envoyé. Mais il se trouva que l’addenda prévoyait de relier ce mini central au central de la base, alors qu’il était prévu pour des raisons de sécurité de dissocier les 2 réseaux en installant quelques téléphones reliés au central de la base là ou c’était indispensable. Je rendis compte de cette anomalie au responsable du FAS qui demanda à ses supérieurs si cette liaison avait été demandée par eux, la réponse fut négative. Je sollicitai donc mon commandement pour rendre compte que je ne pouvais donner suite vu l’addenda et qu’il serait souhaitable de prendre contact avec l’autorité qui ordonnais d’exécuter cette installation. La réponse fut lapidaire : « nous ne ferons aucune démarche, exécutez l’ordre d’installation tel que prévu par l’état-major ».

Je consultai donc le capitaine du FAS et, avec son soutien, j’appelai donc le chef du bureau plan transmissions du commandement des transmissions de l’armée de l’air à Paris, un lieutenant dont j’ai oublié le nom, qui avait signé l’ordre d’installation. Je lui expliquai l’incongruité de cet addenda qui n’avait fait l’objet d’aucune demande et ne répondait pas aux normes de sécurité de cette unité. Mais du haut de son grade, il m’ordonna d’exécuter ses ordres ; le capitaine qui avait tout entendu me fit un signe pour que je lui donne le téléphone, ce que je fis. Il déclina son grade et sa fonction puis rappela ce que j’avais expliqué et qu’il ne tolérerait pas que les normes maximums de sécurité ne soient pas respectées ; si besoin il ferait intervenir sa hiérarchie à Paris.

Bien sûr, subitement, le lieutenant se ravisa et le capitaine me tendit le téléphone d’un air entendu. Je demandai donc une modification officielle avec la disparition de l’addenda pour revenir au projet initial. Le lendemain matin, mon commandant d’unité me convoqua pour me communiquer le rectificatif, sans commentaire, mais l’air contrarié ; il savait très bien que je n’allais pas m’arrêter au fait qu’il ne ferait rien car quoiqu’il en soit le responsable de l’installation c’était moi.

Ce n’était pas la première fois que ma responsabilité de spécialiste prenait le pas sur des ordres inadaptés (pour être gentil, d’aucun dirait incompétents), et ce ne serait pas la dernière.

Ce n’est pas par hasard que sur mon carnet de notes il y avait une appréciation, dès ma sortie d’école : « à la rigueur en faisant beaucoup d’efforts, fera, peut-être, un bon sous-officier »