L’Humeur du Caporal – Voyage en Absurdistan

Lorsque je me suis engagé dans l’armée de l’air, j’ai demandé à faire une formation d’électronicien, ce qui fut accordé vu mes résultats aux ECOGE (tests psychotechniques).

Mais je devais, pour ce faire, rattraper le niveau BAC dans une unité qui s’appelait la DIG (Division d’Instruction Générale).

Or, il se trouva, pendant mon séjour dans cette unité, qu’au retour d’une permission à Bergerac, ou je suis né, j’avais oublié les clefs du cadenas de mon armoire. Pour me mettre en tenue et aller en cours, il me fallait forcer la porte de l’armoire, ce qui était facile, et qui fut fait. Après les cours du matin, il y avait le rapport de l’escadron, et ce jour-là j’entendis que j’étais convoqué au service de semaine pour effraction et vol.

Je me rendis donc à la semaine où l’on me fit la morale, que le vol était intolérable et la fracturation d’une armoire inadmissible. J’essayais alors d’expliquer la situation, ce qui n’intéressait personne, et fut ponctué par : » le capitaine vous attend pour une demande de punition. »

Je me rendis donc dans le bureau de ce capitaine qui cria pendant deux minutes sans écouter quoi que ce soit ; puis il m’informa qu’il faisait une demande de punition de 30 jours d’arrêts de rigueur auprès du colonel commandant la DIG.

Je fus rapidement convoqué dans le bureau du dit colonel et lorsque je patientais dans le couloir, un adjudant-chef, qui était son secrétaire, vint me voir pour me sermonner et me demander de bien me tenir devant le colonel pour éviter une sanction trop lourde qui serait soumise au commandant de base. Cet homme qui était plus abordable me laissa parler, et lorsqu’il comprit la situation, me dit qu’il en parlerait.

Le colonel me reçut, me parla de la gravité d’un vol avec effraction, de la gravité d’un arrêt de rigueur de 30 jours qu’il ne pourrait pas prononcer, car cela relevait du commandant de base, et il me demanda si j’étais conscient de tout cela. Je niai donc le vol puisque j’avais forcé la porte de mon armoire, pas celle d’un autre, pour me mettre en tenue et aller en cours. Étant déjà au courant, il lut la demande de punition qui lui était parvenue, et vit le nom du capitaine.

« Ah je vois avez-vous expliqué tout cela ? » 

« J’ai essayé mais personne n’a voulu m’écouter. » 

« Cela ne m’étonne pas, me répondit-il, ce capitaine est ingérable, je ne sais pas où le mettre ; il ne fait que me poser des problèmes.

Bien, c’est ennuyeux, comment va-t-on faire ? se demanda-t-il à tout haut.

Je ne vais pas faire suivre cette demande absurde dont la décision reviendrait au commandant de base, mais je ne peux pas l’annuler ; ce capitaine étant incontrôlable, qui sait quelle sera sa prochaine réaction. »

« L’adjudant-chef suggère quelques tours de consignes, mon Colonel, pour dégradation du matériel de l’état. »

 « Bonne idée ponctua, t-il, nous allons répondre par une punition de 15 jours de tours de consigne ; cela calmera tout le monde ; le capitaine d’abord ; d’accord jeune homme ? »

« Euh oui mon colonel. »

Un mois plus tard il me recevra pour me féliciter d’avoir fini major de promotion de ma classe à la DIG.

Un léger doute s’immisça dans mon esprit sur mon avenir dans une carrière militaire …