L’Humeur du Caporal – Le pays de mes vacances – 1ère partie

Lorsque j’ai eu 4 ans à la fin des années 50, pendant les vacances de Noël, mes parents nous emmenèrent, ma sœur et moi, vers le futur pays de nos vacances d’été.

J’ai découvert le train, d’abord la micheline, aujourd’hui le TER, qui nous amena de Bergerac vers Agen où nous prîmes le train des grandes lignes avec ces locomotives à vapeur et avec cette fumée à l’odeur de charbon qui envahissait le compartiment si l’on baissait la vitre dans un tunnel. Je découvrais aussi la grande gare de Toulouse qui grouillait de monde, les salles d’attente des voyageurs où l’on dormait sur des bancs en bois car il n’y avait pas de train durant une partie de la nuit pour aller vers l’Espagne. Au petit matin on repartait en direction des Pyrénées et en milieu de matinée on apercevait la montagne recouverte de neige que je découvrais à l’occasion de ce voyage. Puis nous prîmes l’autobus qui nous amena à destination et enfin une voiture nous amena devant une grande porte en bois haute et large, pour laisser passer les bêtes de bât. On me poussa vers un petit escalier qui débouchait sur la porte de l’appartement ; c’était une maison de fermiers de village, les bêtes étaient au rez-de-chaussée et la famille vivait à l’étage.

La porte s’ouvrit sur un couloir et on me poussa vers une grande salle à manger remplie de monde qui nous attendait. Je ne comprenais rien de ce qui se disait et j’essayais de me cacher pour qu’on m’oublie, mais il n’y avait pas d’endroit pour se cacher. Quelqu’un me récupéra car j’étais apeuré, et me ramena vers mes parents et ma sœur. Toute la famille proche de mon père était venue l’accueillir ; ils ne l’avaient pas revu depuis son départ pour la guerre civile en 1936. Je venais de découvrir la famille de mon père et la maison de famille qui se situe au pied des Pyrénées catalanes en Espagne, pays où l’on parle catalan. Ma cousine germaine, qui se maria l’année suivante se fit un plaisir de promener dans les magasins ses cousins qui étaient regardés comme des bêtes curieuses car ne comprenant absolument rien de ce qui se disait.

J’ai ainsi fait la connaissance de la Pastora, une mule docile qui me ramènera des champs sur son dos, lorsque je serai fatigué et que le tombereau sera indisponible.

A cette époque, point de tracteur, de voiture, de mobylette, point d’eau chaude, de douche, de chauffage central ; on se déplaçait en prenant « el train de san Fernando una mitad a pie y la otra caminando » ce qui veut dire en prenant le train de saint Fernand, une moitié à pied et l’autre moitié en marchant. Un univers que j’allais découvrir au fil des ans dans une grande liberté car tout le monde travaillait, les femmes à la maison et aussi à s’occuper des bêtes, les hommes s’occupaient aussi des bêtes et des champs, car les bêtes étaient nourries en très grande partie par les récoltes de fourrage et de céréales. La famille vivait en autarcie le plus possible ; pour le pain on donnait de la farine au boulanger ce qui ramenait le coût à un prix dérisoire. Le Grand père était le jardinier de la maison, il se rendait tous les jours au jardin, son domaine réservé.

Comme personne ne parlait français, dans ce monde paysan, il ne nous restait plus qu’à apprendre leur langue, nos parents étaient rarement avec nous et après le deuxième séjour, l’année suivante, ils nous laissèrent tout seuls tout l’été et venaient passer quelques jours à la fin des vacances pour nous ramener en France.

Bienvenue dans ce monde inconnu, loin des plages, que beaucoup ont connu, pas de téléphone, pas de TSF, pas de télévision, un monde oublié aujourd’hui.

à suivre …