Un jour, lorsque j’étais sergent de semaine de mon unité, je fus convoqué au secrétariat des Moyens Opérationnels (MO) pour une urgence.
Je devais amener en prison un appelé. Il se trouve qu’à l’époque la Base de Mont de Marsan accueillait les néo calédoniens pour leur service militaire. J’ai appris que la veille dans le bâtiment où ils étaient logés, il y avait eu une bagarre et que les maîtres-chiens avaient été appelés à la rescousse car curieusement les hommes ne font pas peur aux Kanaks mais les chiens oui.
Une course poursuite avait eu lieu sur la place d’armes avec les maîtres-chiens qui ont fini par maîtriser ce petit monde.
Que venais je faire dans cette galère ? J’étais de semaine aux MO mais dans un bâtiment très éloigné donc je n’étais au courant de rien. Je me présentai au major de la SE qui me raconta un peu ce qui s’était passé et ce que l’on attendait de moi, je pesais 60 Kgs et mesurais 1m74. On me présenta un gaillard de 2m et 120 Kgs comme un meneur belliqueux qui devait être conduit en prison à pied ; 300m nous séparaient de la salle de service où se trouve le lieu d’incarcération. Avec le commentaire qu’il avait fallu les maîtres-chiens pour les arrêter la veille, j’avoue m’être demandé pourquoi moi tout seul ? s’il était dangereux je ne pèserais pas lourd ?
Je levai la tête et lui demandai :
- tu m’accompagnes en prison ?
- oui allons y
Il ne correspondait pas à la description, alors je lui demandai ce qui lui valait cette punition.
Il était le fils du chef de sa tribu dans son pays et ils avaient fait la fête la veille et bu bien plus que de raison. Mais dans la chambre d’à côté il y avait des membres d’une autre tribu et ça s’est envenimé au point qu’ils ont tout cassé dans l’autre chambrée. Lui étant le chef, il était responsable du comportement de sa tribu. Il n’avait aucun comportement agressif, je n’avais rien à craindre. Ouf !
Nous arrivâmes à la salle de service base où j’interpellai l’adjudant de semaine à son sujet. On me demanda de le mettre en cellule où je voulais car il y en avait plusieurs, en plus ou moins bon état.
Je le laissai choisir et le quittai avec quelques mots d’encouragement.
Une réflexion me vint à l’esprit et si les chefs assumaient leurs responsabilités comme lui …
