Un vendredi matin des années 80, m’est communiqué par des collègues de l’unité, un message m’invitant à un stage sur une base américaine à Torrejon de Ardoz à coté de Madrid le lundi suivant.
Revenons 8 mois avant, je découvre dans un coin du central automatique de télécommunications de la défense aérienne deux personnes qui s’affairent contre un mur. Je m’approche car l’endroit est censé être très sécurisé et les visiteurs inconnus. Après les avoir abordés en français et voyant leurs badges, je m’aperçois qu’ils sont accrédités et ne parlent pas français mais américain.
En fait, ce capitaine espagnol et cet ingénieur américain sont là pour installer un terminal de liaison pour avoir une liaison directe entre le centre de contrôle aérien où je travaillais et le centre de contrôle aérien militaire espagnol. Le capitaine espagnol, à la fin de leur séjour, m’informe que je serai personnellement invité à un stage sur le fonctionnement de ce matériel.
A réception de ce message je me rends au secrétariat du grand commandement dont je dépendais pour retirer l’ordre de mission pour ce stage. Mais le Major qui me reçoit n’était pas informé et n’avait pas d’ordre de mission à me remettre. Je lui montre le message qui m’avait été fourni ; après en avoir en vérifié l’authenticité, l’air grave il s’entretient avec le colonel commandant l’unité et me demande d’entrer dans le bureau du colonel. Celui-ci, l’air contrarié me demande d’expliquer l’origine de ce message qui venait de l’Ambassade de France à Madrid. Quelques instants plus tard la porte s’ouvre et je suis invité à me rasseoir. Ils avaient une solution : le commandant de la Base allait m’autoriser à quitter la Base durant la période du stage mais ils ne pouvaient pas faire établir un ordre de mission pour l’étranger ; pour autant, je reçois l’ordre de me présenter à ce stage en tenue de sortie pour faire honneur à l’armée française.
Un capitaine m’attendait à la gare à Madrid pour me conduire sur le lieu de ce stage qui était une base américaine mixte. Mais, n’ayant aucun document officiel, il lui fallut parlementer au poste de police et il dut me faire descendre de voiture car le contrôle américain ignorait ma présence : le contrôle espagnol accepta une régularisation le lendemain, de l’Ambassade de France, ce que les américains acceptèrent également. Un laisser-passer me fut remis pour pénétrer sur cette base grandiose. J’eus le temps de découvrir une base américaine : il y avait une école pour les enfants, une cour immense où jouaient plus d’une centaine d’enfants ; les militaires (des femmes, surprenant à l’époque) qui gardaient l’entrée portaient un étui de revolver comme dans les westerns et elles étaient portoricaines parlant parfaitement espagnol.
Je fus logé dans un petit mess hôtel loin de tout mais le hasard fit que le seul stagiaire militaire espagnol logeait au même endroit ; il connaissait la base et avait une voiture.
Pour aller sur la partie opérationnelle de la base aérienne immense nous croisions des chevaux qui paissaient paisiblement le long de la route sans aucune barrière ni entrave.
Le premier jour, mon collègue espagnol m’amena à l’heure espagnole du déjeuner à l’autre bout de la base dans un des mess, car il y en avait plusieurs, certains réservés aux américains, d’autres aux espagnols. Nous arrivâmes pour la fermeture du libre-service et mon collègue se vit sèchement refuser le service. Je m’approchai donc de la caisse et demandai dans mon espagnol sans accent, ce qui est caractéristique pour eux, si je pourrais manger et avec un grand sourire la jeune femme me dit oui bien sûr, on ne refuse rien à l’aviation civile. En effet, j’étais en tenue de sortie qui ressemble à celle de l’aviation civile espagnole. J’expliquai que le sergent m’accompagnait et bien sûr nous mangeâmes en nous amusant de la méprise.
Le mercredi soir, il y avait un concert d’un groupe américain dans un bar américain sur la base où il fallait payer en dollars et pour ce faire il y avait un petit poste de change à l’entrée, en présence d’un MP. Mais on changeait exclusivement des pesetas en dollars. J’ai eu beau plaider ma cause car j’avais beaucoup de francs mais peu de pesetas, c’était inutile, donc mon collègue prit en charge la soirée. Nous assistâmes au concert malgré tout.
Il y avait une station de radio FM sur le site et un magasin détaxé réservé aux américains civils et militaires, car le stage était organisé par une société américaine, et le personnel exclusivement civil. Un ingénieur américain faisait les cours, celui la même que j’avais rencontré 8 mois plus tôt en France ; son collègue, le capitaine espagnol, était lui responsable espagnol de l’unité des télécommunications du centre de contrôle aérien.
à suivre…
