L’Humeur du Caporal – La belle et le colonel.

Dans ma vie militaire je fuyais, dès que je le pouvais, la monotonie quotidienne d’un service de permanence ou j’étais seul et souvent désœuvré.

Je faisais tous les stages techniques disponibles ouverts pour ma spécialité mais cette fois-là, j’allais passer un examen de langues au Bourget.

Il me fallait donc trouver le gîte pour la nuit précédant l’épreuve. Mon amie de l’époque, qui devint mon épouse par la suite, contacta une bonne copine à elle qui travaillait à Paris et qui était heureuse de m’accueillir pour une nuit. Pascale avait donc informé son petit ami que ce soir-là elle était occupée. Je me rendis donc à l’adresse indiquée avec une boite de foie gras et du vin blanc pour l’accompagner, cela mettrait du baume au cœur de la landaise exilée à la capitale, pensais-je.

Elle nous avait préparé un repas sympathique que le foie gras améliora. Nous passâmes une bonne soirée en compagnie de la bouteille de vin blanc, discutant, riant de tout et de rien, le pays lui manquait. Dans un coin du studio, il y avait deux petits lits côte à côte qu’elle avait refaits. Vint l’heure de se coucher car il fallait que je me lève tôt pour me rendre au Bourget, plus d’une heure de trajet. Je me mis donc en pyjama, dans la salle de bain, et me couchai dans le petit lit préparé à mon intention ; elle se prépara à son tour en éteignant la lumière du studio, au bout de quelques minutes elle apparut dans l’embrasure de la porte en chemise de nuit longue jusqu’aux pieds d’un tissu très fin blanc et transparent. Le temps s’arrêta ; elle avait les cheveux teintés de blond mais elle était brune, elle était très belle ; c’était la femme éternelle avec ses rondeurs et ses mystères, et son sourire fatigué. La magie dura jusqu’à ce qu’elle éteigne la lumière de la salle de bains qui illuminait sa beauté ; elle savait que je caressais des yeux son corps magnifique. Elle vint se coucher, et nos lits se touchant, nous étions côte à côte. Nous nous endormîmes et lorsque son réveil sonna nous nous aperçûmes que nous avions dormi chacun dans son lit mais l’un contre l’autre et mon bras dans son lit contre le sien comme si c’était naturel que nos peaux se marient. Nous nous levâmes en hâte ; le métro m’attendait ainsi que ma surprise du jour. Nous nous quittâmes comme des amis, et je me précipitai vers le métro. S’il est des femmes avec qui je fus plus intime et que j’ai oubliées, Pascale a toujours habité un coin de ma mémoire.

Ce jour-là lorsque je montai dans le bus qui m’amènerait vers le lieu de l’examen, avec mon sac de voyage militaire, un homme me demanda :

– vous allez au Bourget ?

– oui répondis je

– asseyez-vous à côté de moi, on passera le temps de voyage ensemble

Je m’assis donc à côté de lui, et nous arrivâmes rapidement au sujet qui nous amenai au Bourget, les examens de langues car lui aussi venait dans ce but. Il était venu plusieurs fois car il avait fait des séjours en ambassades et il en profitait pour passer les premiers degrés de langues exclusivement. Une fois arrivés, nous allâmes nous mettre en tenue à la salle de service, j’étais un peu long et il me tança « dépêche-toi nous allons être en retard il y a un bout de chemin à pied »

Je m’empressai donc et sortit de la pièce ; devant moi se tenait mon compagnon de route en tenue de colonel avec l’insigne navigant. Le sergent-chef que j’étais, bien qu’habitué à côtoyer des officiers tous les jours dans mon unité, était un peu mal à l’aise. Enfin tu es prêt, allons y me dit-il, je le suivis. À peine avions nous fait quelques mètres sur la route menant au lieu d’examen qu’une voiture officielle s’arrêta ; un capitaine en descendit, salua le colonel, qui s’avéra être son commandant d’escadre, et l’invita à monter dans la voiture pour le conduire vers le lieu de l’examen. Le colonel le suivit en bavardant sur les raisons de leur présence, car un lieutenant était au volant ; je pensai : voilà peut-être l’occasion de m’éclipser sans froisser personne. Mais une fois entré dans le véhicule, le colonel, voyant mon embarras, m’appela : » dépêche-toi, monte on va être à l’heure », la mine réjouie, « tu sais, ils sont barbants ces examinateurs, mais ils veulent qu’on soit à l’heure ». Je montai donc à côté de lui sur la banquette arrière ; nous arrivâmes rapidement ; il remercia ses hommes et nous entrâmes dans le bâtiment et il me souhaita bonne chance pour mon troisième degré tu en auras besoin ils sont un peu revêches et tatillons. Merci mon colonel. Un séjour à Paris plein de bonnes surprises.