L’Humeur du Caporal – Et dieu créa la Femme …

Au début des années 80 arriva la première technicienne Fil dans notre service. L’armée de l’air avait ouvert les formations techniques aux femmes. Bien sûr, les femmes étaient déjà très présentes dans d’autres services.

On vit alors le comportement de l’équipe changer, surtout chez les anciens. Elle reçut un régime de faveur dont elle sut rapidement se servir. Il va de soi que le commandement avait aussi cette attitude vis à vis de cette jeune sergente qui avait demandé à être affectée à Mont de Marsan. Sa formation sur les matériels dont nous avions la charge était inexistante car ces matériels ne faisaient l’objet d’aucun enseignement ; ils n’existaient que dans les CDC ; de plus, pour assurer le service 24h sur 24 il fallait se familiariser avec la partie radiocommunication avec les avions car il n’y avait qu’un seul permanent pour les 2 spécialités.  Mais ce ne fut pas jugé nécessaire.  Je fis donc une formation sommaire sur mes temps libres car j’assurais aussi les permanences opérationnelles.

Un jour que j’établissais le tour de permanence pour les mois à venir, un de mes sergents vint me raconter qu’il ne pouvait prendre le week end de permanence qui lui incombait car il avait dû faire un remplacement au profit de Mademoiselle. J’en parlai donc à un autre qui me raconta la même histoire ; j’avais dû intégrer Mademoiselle au tour de permanence car elle souhaitait profiter des jours de repos. Quelqu’un qui assurait les permanences travaillait 16 jours par mois en moyenne. À peine intégrée au tour de service, elle s’était faite remplacer les week-ends par les sergents masculins qui n’osaient pas refuser mais elle ne les remplaçait pas. Cela faisait deux mois que cela durait sans que ce soit officiel, donc que j’en soit informé ou l’adjudant responsable des spécialistes Radio. Je décidai qu’un entretient s’imposait. Quelle ne fut pas ma surprise d’apprendre qu’elle voulait profiter des jours de repos mais que les week-ends, elle voulait rejoindre son mari et pour ce faire elle se faisait remplacer et que cela ne dérangeait pas ses remplaçants. Il fallait en fait lui faire un tour de service de permanence exclusivement en semaine et elle n’avait que faire de ses collègues ; le commandement étant très bienveillant, elle ne voyait pas le problème.

Je lui tins donc ce discours : « il va te falloir choisir, ou tu es un sergent et tu assumes les mêmes contraintes que les autres, ou tu es une femme et dans ce cas ici les choses vont se compliquer. »

La permanence devait être assurée 24h sur 24h et 365 jours par an ; je la retirai donc du tour de service de permanence avec l’accord de mon chef de service et du responsable des Radios car nous étions assez nombreux pour l’assurer.

Elle faisait assurer les installations par ses collègues, en fait elle ne faisait rien de se dix doigts. J’ignore qui le décida mais Mademoiselle quitta notre service quelques mois après son arrivée pour un autre service de la même unité ou elle ne resta pas longtemps d’ailleurs.

Je rencontrai le même problème de favoritisme bien plus tard sur une autre base, mais à mes dépends. Le commandement demanda sans m’en parler à une fille récemment arrivée (ayant le même grade) de procéder à la préparation puis la mise en service du système de télécommunication d’un PC enterré expérimental ; j’avais la responsabilité technique de tous les matériels de télécommunications de la base et de ce fait, le commandement m’apprit par la suite, après les difficultés et l’échec de ma collègue, que la mise en service officielle se ferait rapidement en présence de l’équipe technique nationale et régionale. Je dus donc m’informer rapidement et rectifier les erreurs. Tout ça car cette sergent-chef aurait dû m’informer de cette mission confiée par-dessus mon épaule et demander mon assistance devant les difficultés rencontrées qu’elle était incapable de résoudre, ce que, bien sûr, elle ne fit pas. La mise en service se passa très bien et le représentant de l’équipe technique nationale proposa de me recruter pour intégrer l’Équipe Technique Nationale. 

J’ai bien sûr rencontré de bonnes professionnelles qui ne se cachaient pas derrière leur sexe et n’en abusaient pas. Coluche disait : « nous sommes tous égaux m’enfin il y en a qui sont plus égaux que d’autres … »