Après la 3ème, à la fin des années 70 avec le BEPC en poche à la fois pour fuir mes parents et parce que je voulais une certaine indépendance, j’ai passé un concours pour entrer dans une école de la Délégation Générale de l’Armement où, à ma surprise, j’ai été sur liste d’attente puis pris.
Je rentrai donc dans cette école, comme pensionnaire, accompagné par ma mère qui m’en avait parlé. Cette école était à coté de Bordeaux et préparait les élèves aux métiers dont la DGA avait besoin, des ouvriers, des cadres et des ingénieurs pour l’aviation militaire (le 4éme échelon de réparation et d’entretien des avions et hélicoptères des armées). Après une première année médiocre et une deuxième année moyenne, peu motivé, l’internat m’étant difficile, un bizutage en pleine nuit au début de la première année au fond d’un immense parc m’avait rappelé que la société était cruelle et cruellement présente et que j’étais un grain de sable sur une plage.
Mais en troisième année, je décidai que j’existais et que j’étais capable
Je fis un premier trimestre brillant passant de la 25éme place à la 9ème place malgré deux handicaps : j’étais nul en Français et en atelier mécanique. Je décidai donc de me concentrer sur les trois examens et le football car, ayant abandonné la compétition en club, j’avais intégré l’équipe de l’établissement qui arriva en demi-finale d’académie ; nous jouions contre Talence où jouaient des juniors des Girondins que nous n’avons jamais battu.
Cette année-là arriva un professeur de Français ; nous n’en avions pas eu pendant deux ans, mais il fallait préparer la classe supérieure qui allait former des ingénieurs, au BAC. Seuls restaient 5 élèves dans l’établissement pour intégrer cette classe.
Je décidai donc que le classement n’avait aucun intérêt, j’étais dans les 3 premiers en Maths et en matières techniques théoriques, j’avais réussi et donc rien à prouver.
Les 3 examens CAP, BEP, DE, se passèrent très bien ; le BEP d’un niveau BAC pour la technique existait depuis peu ; il fallait avoir 14 de moyenne aux épreuves pour l’avoir après il existait un rattrapage. Mais le taux de reçus au premier tour était inférieur à 5 % et cette année-là, il fut abaissé à 12 ce qui m’évita le rattrapage. Le CAP et le BEP en poche restait le DE ; là sur les résultats affichés, j’étais le premier des …collés. Je fus reçu par le directeur qui me commenta les notes qui n’étaient pas publiées. Il commença par les matières techniques théoriques entre 17 et 20 à chaque note ; son ton baissait, comment annoncer à un élève qui avait 14,5 de moyenne à l’examen et qui aurait eu la mention très bien, qu’il n’avait pas le diplôme car il avait une note éliminatoire en atelier mécanique… il s’arrêta donc, et me proposa d’intégrer la classe qui préparait le BAC à titre exceptionnel avec l’accord de son conseil d’établissement qu’il allait consulter.
Il se trouve que le professeur de Français s’y opposa, pas tant parce que je n’étais pas très bon, j’avais fait de gros progrès, mais à cause du football. En effet ce Monsieur avait eu un bon niveau et il avait décidé qu’il allait prendre en main l’équipe à la place de notre prof de sports et au bout de deux matchs d’entraînement nos trois joueurs qui jouaient dans des clubs civils dont deux aux Girondins décidèrent qu’il fallait calmer les ambitions de ce mastuvu ; ils s’arrangèrent pour le sécher et lui rappeler que nous avions 17ans et une certaine expérience et lui allait vers la quarantaine. Il ne pouvait bien sur rien faire contre ces joueurs qui étaient deuxième et troisième, ils étaient intouchables ; mais moi qui était moins virulent mais titulaire de cette équipe, j’avais été félicité pour avoir été très pro lors de la demi-finale d’académie devant tout le monde …et il était présent, j’étais le maillon faible et lorsqu’on lui demanda s’il était pour ou contre mon passage dans cette classe supérieure sans avoir le DE, il fut le seul à s’y opposer. Les autres professeurs me le dirent, le directeur n’osa pas aller contre ; c’était la première année de présence de ce professeur et ils avaient du mal à en recruter. Je fus donc sacrifié sur l’autel de l’orgueil d’un professeur.
Le Directeur me convoqua à nouveau pour m’annoncer la triste nouvelle et m’annoncer qu’il restait une place à l’AIA de Clermont Ferrand en tant qu’ouvrier ce qui ne m’intéressait pas. Les Ingénieurs de l’armement ont un grade, il était Colonel, me précisa que si je voulais continuer des études, l’armée pouvait être une voie ; j’acquiesçai et il m’amena au BIA de Bordeaux, se présenta, en dehors de ma présence, et c’est ainsi que je me suis retrouvé à Nîmes avec l’objectif de faire des études sans avoir passé le BAC et cela se réalisa. Mais c’est une autre histoire …
Je suis devenu militaire par le plus grand des hasards.
