Un jour des années 80 fut lancée une manœuvre aérienne. Ces manœuvres consistent en des attaques aériennes de points stratégiques en rase mottes ou en bombardements aériens, des interceptions d’avion attaquants. Pour ce type de manœuvre le commandement de la défense aérienne régional s’installait au CDC de Mont de Marsan pour la durée des opérations.
Le premier jour, on nous signala une anomalie de fonctionnement, le PC de Taverny était injoignable du poste de contrôle des opérations de cette manœuvre. Je me rendis donc dans cette salle qui grouillait de monde, tous officiers supérieurs. Je m’adressai à l’officier contrôleur qui me renvoya vers un commandant qui venait du commandement régional et qui était un pilote. Je lui demandai de m’expliquer son problème ; il me répondit que la liaison avec Taverny sur le poste du contrôleur qui guide les avions, qu’il me désigna, ne fonctionnait pas. Je demandai à tester, car sur ces postes, il suffisait d’appuyer sur un bouton, la numérotation se faisait toute seule automatiquement ; ses collègues firent le test devant moi et cela fonctionnait.
Je lui demandai donc de préciser : il m’expliqua que lorsqu’il appuyait sur la touche, il n’avait pas son correspondant immédiatement. Je lui expliquai que ce type de matériel tout neuf ne permettait pas d’avoir un correspondant immédiatement, il fallait environ 1 min avant que le poste de son correspondant sonne, le temps que son correspondant lui réponde 1 min minimum, c’était donc normal avec la technologie ancienne utilisée. Il fronça les sourcils et s’exclama : » mais un avion qui vole à 600 kms heure, en 2 min aura parcouru de la distance, pour une interception à un point précis ; ce n’est pas acceptable et à mach 1, c’est une catastrophe », et oui, c’était un pilote, il imaginait parfaitement la situation ; si on prenait une décision à Taverny, il fallait réévaluer en fonction de la position précise des avions.
Je comprenais parfaitement son problème mais le matériel installé récemment était inadapté dans ce genre de situation ; il y avait du matériel bien plus récent, type mini serveur, mais ce n’était pas prévu ni imaginé pour la défense aérienne.
Je conseillai donc au commandant de faire un rapport, car si le matériel était inadapté, je n’y pouvais rien ; c’était un problème d’achat de matériel de télécommunication et d’architecture du réseau au niveau de l’armée de l’air, qui ne dépendait pas de moi. Il comprenait parfaitement mais c’était loin d’être satisfaisant.
Le même jour, le général qui commandait ce petit monde se plaignit que sur son poste téléphonique il ne pouvait pas non plus joindre son correspondant à Taverny : je revins dans la salle, et lui demandai de me montrer ce qui se passait ; il appuya sur une touche qui ne s’alluma pas ; or ces touches s’allument lorsqu’elles sont fonctionnelles. J’allai me renseigner, car ce type de poste est installé uniquement sur demande expresse de manœuvre. Je ne trouvai aucune demande d’installation et je revins demander au général si une demande avait été faite, ce qu’il ignorait, mais il héla un colonel. Je réitérai ma demande et le colonel me regarda comme si je venais de la planète Mars « euh la demande, quelle demande ? » Je dus donc expliquer que toute manœuvre faisait l’objet d’une demande de moyens de télécommunications précis en fonction des besoins auprès du Commandement des Transmissions de l’Armée de l’air qui faisait le nécessaire. Pour activer ce poste il aurait fallu plusieurs heures, si les liaisons dépendaient exclusivement de nous, donc réseau défense aérienne. En clair je lui appris ce qui relevait de sa responsabilité …
Heureusement que c’était une manœuvre, elle dura la journée finalement. Je me demande s’ils savent que la dernière guerre est finie, là-haut…pas sûr.
Aujourd’hui, on découvre que les drones existent et peuvent faire des dégâts, je suis sûr que l’armée de l ‘air et de l’espace va découvrir que la terre …est ronde…un jour …
