Suite à un plan santé, il fut décidé d’expérimenter des systèmes de communications à destination des professionnels de santé de ville pour accélérer les sorties d’hospitalisation et raccourcir les séjours hospitaliers par une prise en charge à domicile. A ce titre, les professionnels de santé du département furent invités à participer à des stages et des réunions d’informations par l’Agence Régionale de Santé de l’Aquitaine à l’époque. Je participais donc en tant que responsable technique d’un cabinet infirmier à toutes ces réunions.
Mon expérience me poussa à analyser le système proposé et à m’informer car, si l’utilisation était expérimentée sur volontariat, je compris rapidement que la logique de réseau n’était ni connue des instigateurs ni respectée par les développeurs.
Les infirmières qui avaient expérimenté le système comprirent vite qu’entre la théorie prêchée et la réalité quotidienne il y avait une grosse distorsion. Ayant analysé les fonctionnalités et les concepts, je leur expliquai ce qu’elles touchaient du doigt sans savoir l’exprimer : aucune vision pratique de la part des promoteurs. Je proposai donc que nous participions à ces expérimentations mais qu’elles soient en retrait vu leur incompréhension devant ce gloubi boulga et que je m’impliquerais un peu plus.
Au premier stage, nous mîmes les pieds dans le plat, une fois mon infirmière et une autre fois moi, sur des aspects différends : moi, la logique du système, elle, la pratique quotidienne inadaptée. Il nous apparut tout de suite que ce projet était chapeauté par une haute fonctionnaire administrative, et au niveau départemental par des politiques.
Après l’analyse en profondeur j’envoyai mes conclusions sommaires à la responsable de l’expérimentation, vu le niveau technique, développer était inutile. La réponse de sa part fut lapidaire : si vous ne souhaitez plus participer à l’expérimentation nous ne vous y obligerons pas. Manifestement elle n’avait pas aimé le résultat de l’analyse du spécialiste mais elle ne voulait pas en discuter. Je confirmai notre participation mais confirmai mon analyse et les besoins d’évolution majeures. Nous fûmes donc conviés à une grande démonstration à la chambre de commerce où elle vint me saluer ainsi que le politique local, puis elle me présenta l’ingénieur d’une société civile qui avait chapeauté le développement de ce nouveau service informatique. Il convint très vite que mes remarques étaient fondées malgré un début sceptique, (que faisait un spécialiste en réseaux au milieu des professionnels de santé et des hauts fonctionnaires de l’ARS ?), et il me souffla :
– je vois, on a fait strictement ce qui nous a été demandé selon le cahier des charges.
– mais vous savez, aussi bien que moi, que ce site est complètement inadapté aux besoins exprimés vu ce que je vous ai détaillé, mais il y a bien d’autres points à revoir.
-oui bien sûr mais la responsable de l’ARS ne veut pas le savoir, ils n’y comprennent rien mais ils ont un budget.
– ah oui, bien sûr.
Je vis ce jour-là un projet qui consistait à mettre une caméra au domicile d’une personne âgée pour que ses proches puissent voir en temps réel ce qui se passe, réplique des caméras de surveillance de rues aujourd’hui ; je trouvais l’idée intéressante mais onéreuse pour un particulier et il faut une personne pour surveiller derrière l’écran donc inadaptée pour un domicile de particulier. Je leur fis part de ma réflexion et ils étaient déçus …
L’ARS a dépensé des millions d’euros pour ces projets avec des administratifs comme chefs de projets. Une arnaque intellectuelle et financière mais cette expérimentation a été depuis installée dans toute la région. Le nombre de dossiers pour valider le projet était faussé ; les dossiers devaient faire l’objet d’un accord avec les patients ; or la plupart ont été ouverts par des pharmaciens pour le suivi thérapeutique et l’adaptation de la posologie…
Les petites femmes grises hauts fonctionnaires sont peu connues mais existent bel et bien… l’égalité, des sexes dans la médiocrité, cela existe aussi.
