Je me souviens de mon arrivée sur ma première base d’affectation à la sortie de l’école technique.
Je cherchais le bâtiment du commandement de l’unité à laquelle j’étais affecté. Je lisais donc les initiales gravées au-dessus des portes d’entrées, car le bâtiment abritait deux commandements et comportait deux portes. Une voix hautaine m’interpella :
« Il est inadmissible que vous ne m’ayez pas salué, suivez-moi, c’est inacceptable, c’est scandaleux, inadmissible. »
Je m’exécutai et suivis ce capitaine scandalisé qui, après m’avoir extorqué le nom de l’unité à laquelle j’appartenais, m’informa qu’une demande de punition serait transmise illico à mon commandant d’unité. Après m’être fait réprimander, je fus invité à quitter les lieux.
Je poussai donc la deuxième porte du bâtiment, pour aller me présenter au secrétariat de l’unité ou j’étais affecté qui m’indiqua le bureau du commandant d’unité, en me précisant que j’étais attendu.
Le capitaine qui me reçut, l’air embarrassé, me précisa qu’avant mon apparition devant lui, il avait déjà reçu les doléances d’un capitaine avec une demande de punition à la clef.
Mais il me permit, après un bref rappel des règles militaires, de m’expliquer.
Je lui racontai donc les circonstances de la mésaventure et lui avouai que cet officier était passé lorsque je lisais les inscriptions au-dessus des portes d’accès et que, en réalité je ne l’avais pas vu, car il venait vers le bâtiment non pas en passant devant moi mais de l’autre côté. Certes les portes étant côte à côte, j’aurais pu le voir au dernier moment mais ce n’était pas le cas.
Alors mon capitaine prit un ton professoral et me dit :
« Vous savez jeune homme sur cette base, ce qui compte, c’est le cinéma en tout lieu et en tout temps ne l’oubliez pas. Ce que l’on attend de vous, c’est du cinéma et vous verrez tout ira bien.
Quant à la demande de punition, je ne donnerai pas suite ; ce capitaine est coutumier du fait, mais je ne veux plus entendre parler de vous. »
C’est ainsi qu’il m’apprit ce que serait la règle primordiale de ma carrière militaire, tant que je l’accepterais : faire du cinéma, donner une apparence, la compétence pour un spécialiste technique, étant secondaire. Le reste de ma carrière lui donna raison.
