L’Humeur du Caporal – La protection civile…

Dans les années 80, étant de permanence, j’appris que le Bureau Général d’Alerte était activé pour des essais. La fonction du BGA, qui était activé régulièrement et servi par des réservistes, était de diffuser auprès des cellules de la protection civile des préfectures rattachées (à l’époque les départements d’Aquitaine relevant de la cellule de Mont de Marsan) des informations pour la protection des populations en cas de risque nucléaire par exemple.

Pour ce faire, un réseau téléphonique était activé, il se basait sur des lignes téléphoniques réservées par l’armée et activables sur demande, liaisons rustiques mais efficaces avec peu de technologie. Les essais se passent sans problème jusqu’à ce que l’on vienne me voir pour me signaler que la préfecture du Gers ne répond pas. Je demande alors aux PTT, Orange aujourd’hui, si ce circuit est actif et fonctionnel. La réponse étant affirmative, je me rends auprès des responsables de ces essais pour savoir s‘ils peuvent joindre la préfecture d’Auch par le réseau téléphonique normal et s’ils connaissent le correspondant. Ils avaient accès au réseau civil, ce qui n’était pas mon cas, et ils avaient trouvé le numéro de téléphone civil de la préfecture. Ils me permirent d’utiliser leur téléphone civil pour essayer de résoudre leur problème. J’appelai donc la préfecture concernée, une gentille standardiste à qui j’expliquai que la cellule de la protection civile ne répondait pas. Elle m’informa que d’après ses consignes la cellule de la protection civile n’était pas active et d’ailleurs qu’elle ignorait où elle se trouvait mais qu’elle allait me trouver un interlocuteur (ah pensai-je, le prestige de l’uniforme… de sergent). Ma communication fut transférée vers un bureau et un monsieur, qui ignorait tout, me confirma que la cellule de la protection civile était inactive. J’insistai : « il doit bien y avoir un bureau et peut être un interlocuteur dans ce bureau pour au moins essayer le bon fonctionnement de la liaison téléphonique directe ». L’interlocuteur, gêné, m’écouta : « je vais demander de faire sonner la liaison, vous entendrez peut-être sonner un téléphone » , il accepta de m’aider, et il entendit sonner un téléphone effectivement ; je demandai d’arrêter et la sonnerie s’arrêta. Il avait trouvé, et il m’expliqua : « il y a un bureau sous l’escalier, il est vide et fermé à clé, ce doit être le bureau concerné » ; mais il n’avait pas la clé et ne savait pas qui occupait habituellement ce local.

Je rendis compte de cette situation ubuesque aux responsables des essais qui ne souriaient pas.

 Mais bon, les méandres administratifs étaient impénétrables et l’opérationnel passait bien après alors s’énerver ne servait à rien ; une fois de plus on allait faire semblant que tout allait bien, comme plus tard le nuage radioactif allait officiellement s’arrêter aux frontières.